Wolfenstein : The New Order - Que retenir des trois premières heures de jeu ?

“Un FPS très prévisible” (Jeuxvideo.com), “de fausses bonnes idées qui plombent le rythme” (Gameblog), “Une action qui sent la naphtaline” (Gamekult)... Wolfenstein : The New Order n’aura pas convaincu la presse lors de sa première rencontre avec les journalistes l’année dernière. Les développeurs de chez MachineGames ont donc mis les bouchées doubles pour améliorer le jeu d’ici sa sortie, le 23 mai prochain. Le Portail du Jeu Vidéo a pu parcourir les trois premières heures de jeu, fusil d'assaut et grenades en main, pour le constater.

Il faut savoir qu’en coulisse, id Software est venu en aide à MachineGames pour perfectionner le titre. Le choix d’id Software n’est pas anodin puisque le studio maîtrise déjà le moteur graphique id Tech 5 utilisé par Wolfenstein : The New Order (ils l’ont utilisé pour créer RAGE). De plus, id Software est historiquement le créateur de la série Wolfenstein. Bref, ce studio maîtrise le sujet aussi bien dans le fond que dans la forme. Et le résultat de ce soutien impromptu se ressent d’entrée de jeu avec des animations retravaillées sur les ennemis, des environnements crédibles et une impression d’impact lors des tirs plus convaincante.

Ce retard technique rattrapé, Wolfenstein : The New Order devient bien plus immersif, à l’image de son introduction en pleine Seconde Guerre mondiale à bord d’un avion de chasse américain. Le célèbre soldat B.J. Blazkowicz et ses coéquipiers survolent les mers et font face à de nombreux appareils ennemis, l’occasion de tirer à la mitrailleuse sans se soucier des munitions, d’apprendre les rudiments des commandes et de vivre quelques scènes hollywoodiennes qui en jettent, notamment lorsqu’il faut sauter d’un avion à l’autre pour éviter un crash. C’est reculer pour mieux sauter puisque malgré tous leurs efforts, les américains échoueront en plein territoire ennemi, bardé de nazis en armure lourde et de chiens robotisés.

Un peu d'histoire

Si la saga Wolfenstein ne vous évoque rien, sachez qu’elle débute en 1992 avec Wolfenstein 3D, développé alors par id Software. On y retrouve déjà le soldat américain B.J. Blazkowicz en pleine Seconde Guerre mondiale, qui doit s’échapper d’un château nazi dans lequel les allemands se vouent à des expériences occultes. S’il n’est pas le premier jeu du genre, “Wolf 3D” va démocratiser le First Person Shooter (jeu de tir en vue subjective) moderne avec des déplacements en 3D dans un environnement que le joueur appréhende à travers le regard du héros. Outre l’incroyable immersion de ce point de vue, le titre se démarque par ses niveaux labyrinthiques remplis de passages secrets, sa violence et son univers dérangeant (très second degré) rempli de croix gammées, de portraits d’Hitler et de nazis improbables (des prêtres qui lancent des boules de feu, un Hitler dans un exo-squelette futuriste, etc.). Après ce succès, le studio id Software continuera de révolutionner le FPS avec d’autres titres tout aussi cultes - voir plus - comme Doom ou Quake. Passée dans les mains de plusieurs éditeurs et de plusieurs développeurs, la série des Wolfenstein, elle, perdra de sa superbe jusqu’à tomber dans une certaine indifférence.

Disponible sur plusieurs supports, le jeu original est à découvrir de toute urgence. Une version gratuite, jouable sur navigateur et sans création de compte est disponible à cette adresse. Bon frag !

C’est à cet instant que Blazkowicz laisse exprimer son sens du combat. S’il n’est pas étonnant de le voir manier deux armes à la fois - troquant la précision de la visée par une impressionnante puissance de feu -, il est surprenant de constater que le bougre maîtrise l’art de l’infiltration. Il peut se faufiler discrètement derrière les ennemis et les tuer silencieusement en un coup. Réfléchir avant d’agir est même conseillé tant le jeu se révèle un cran au dessus des FPS actuels en termes de difficulté.

Cette difficulté rehaussée et parfois old-school est certainement le point le plus intéressant de nos premiers essais. Elle s’exprime de différentes manières. Déjà par une jauge de santé qui ne remonte automatiquement qu’à hauteur de 20% et des munitions qui finissent par manquer. On comprend très vite qu’il faudra ramasser toutes les munitions et les packs de santé disséminés dans le décor pour avancer sereinement. Ensuite par une orientation infiltration à ne pas négliger car les ennemis qui vous surprennent peuvent souvent déclencher une alarme qui fera venir une grosse vague de soldats dont on se serait bien passé. Enfin par des environnements bien plus ouverts que ne le laissaient croire les premières présentations du jeu. Bien qu’ils ne soient pas labyrinthiques, les niveaux traversés (tranchées, château nazi, hôpital psychiatrique, camps militaire…) ne se résument pas à un simple couloir. Au point de découvrir de nombreux passages alternatifs qui permettent de contourner les rondes de gardes. Par exemple, dans le château nazi, une statue fait office d’interrupteur pour ouvrir un accès secret à des couloirs oubliés. A l’intérieur, les meurtrières permettent d’observer les ennemis, voire de les tuer au silencieux. Derniers grammes de finesse dans ce monde de brute, la présence de défis à réaliser (tuer x ennemis silencieusement, tirer x fois avec une arme, etc.) pour améliorer ses capacités et gagner de nouvelles compétences.

Doom, l'éternel ennemi ?

Pauvre Wolfenstein ! L'histoire du jeu vidéo retient bien plus les bases militaires gorgées des démons de Doom que les châteaux nazis de Wolfenstein 3D. Il y a une logique dans tout ça : lorsqu'il sort en 1993, Doom devient le FPS de référence avec un niveau graphique impressionnant, une jouabilité à la précision sans faille (l'ajout des pas de côtés - le strafe - apportent un confort supplémentaire pour éviter les offensives ennemies tout en gardant la menace en joue) et des niveaux labyrinthiques d'une complexité rare. Les bases posées par Wolfenstein n'ont pas empêché Doom de s'imposer comme la références du genre. Pendant des années, on parlait même de Doom-like pour désigner un First Person Shooter.

Bethesda - qui exploite actuellement les deux licences - continue de surfer sur la notoriété de Doom en allant jusqu'à offrir un accès à la bêta du prochain épisode pour chaque précommande de Wolfenstein : The New Order. Comme s'il était impossible de parler de Wolfenstein sans mentionner son brillant successeur. Comme si la première licence était condamnée à vivre dans l'ombre de la seconde. Pauvre Wolfenstein !

Le niveau le plus ouvert était sans doute l’infiltration d’un camp militaire rempli de patrouilles allemandes. Comme le veulent les codes de l’infiltration, un garde hésite lorsqu’il vous aperçoit au loin et n’avertira pas ses compagnons si vous disparaissez aussitôt. De plus, les commandants indiqués sur une boussole sont à éliminer avant les seconds couteaux car eux seuls peuvent sonner l’alarme. Tous ces éléments à prendre en compte rendent l’expérience bien moins bête et méchante qu’il n’y parait. Même dans le feu de l’action, de petits détails font la différence. Par exemple, à un moment, deux engins déboulent pour décharger deux méchas très difficiles à battre. Si vous arrivez à atteindre l’arrière d’un des deux camions avant qu’ils ne s’échappent, vous trouverez un interrupteur d’arrêt d’urgence pour désactiver l’un des robots.

A l’inverse, le titre ne fait pas dans la dentelle côté scénario. Blazkowicz traque les nazis qui se livrent à d’horribles expériences pour créer une armée surpuissante. Blessé en pleine mission après avoir combattu le premier boss (un soldat dans un exo-squelette rudimentaire), notre héros se retrouve handicapé dans un hôpital psychiatrique. Les années passent, les allemands remportent la guerre et imposent une répression énorme. Leur décision de tuer les occupants de l’hôpital sort Blazkowicz de son état végétatif. S’il n’a rien perdu de ses capacités physiques, il fait face à une armée très évoluée sur le plan technologique, à l’image de ces drones difficiles à mettre en joue ou de ces robots bipèdes solidement armés. Dans ce nouveau monde, “B.J.” n’a plus qu’une idée en tête : rejoindre la résistance là où elle se terre, quitte à torturer du nazi hors-cadre dans une cinématique qui en dit long sur sa motivation et l’aspect décomplexé du jeu.

 

On se rappelle que Warren Spector (le créateur de Deux Ex et d’Epic Mickey) n’y avait pas été de mains mortes avec l’annonce de Wolfenstein : The New Order en jugeant ce type de jeux pas bien utiles aujourd’hui. Le développeur s’excusera d’avoir pris pour cible le jeu, sans remettre en cause ses convictions pour autant. Alors oui, le titre ne cherche absolument pas à bouleverser les codes du FPS. Il remet tout simplement au goût du jour une licence tombée en désuétude, sans renier une dimension old-school complètement délaissée aujourd’hui. Le titre de MachineGames trouvera parfaitement sa place pour peu que l’aventure offre encore plus de diversité, de surprises et de détails que dans le premier tiers parcouru. C’est en tout cas une promesse de Bethesda qui nous tease une révélation surprenante à propos de l’origine de la technologie incroyablement avancée des nazis. Réponse à la fin du mois de mai avec les tests du Web.

rédacteur en chef

Journaliste spécialisé pour de nombreux médias (Jeux Vidéo Magazine, Gamekult, The Game, L'Officiel Xbox 360, etc.) et ancien rédac-chef adjoint de Consoles Plus, Damien a créé Le Portail du Jeu Vidéo pour assouvir sa (votre) curiosité.

Damien Menuet